Pas de journalisme aujourd'hui... Mais un grand merci à Sasha Waltz, la jeune chorégraphe allemande. "Impromptus", présenté en ce moment à l'opéra de Lille, est l'une des plus belles choses que j'ai vu récemment.
En explorant Schubert, Waltz fait éclater la puissance émotionnelle de ses compositions. 7 danseurs évoluent sur le décor, deux vastes plans inclinés qui font de chaque geste une victoire sur le désequilibre. Le spectacle commence par plusieurs solos et thèmes à deux danseurs. Très vite, à cette entame froide répondent d'amples mouvements de groupe.

La dernière demi-heure est somptueuse. Au chant, Judith Simonis accompagne le rituel païen mis en scène par la chorégraphe. Les danseurs se couvrent de craie rouge et noire, tandis que l'eau, clef de la lecture waltzienne de Schubert, dessine des coulées de couleurs sur la scène. On pense à certains plans de Trouble every Day, de Claire Denis. A L'eau et les rêves de Bachelard, du fleuve des morts au liquide nourrissant et féminin. Et lorsque les deux danseurs se retrouvent finalement, l'impromptu in G-flat major transfigure leur corps à corps.
A propos des Impromptus, Horowitz disait que "Schubert parlait aux anges". Sasha Waltz les fait danser.